Hé té vé, les marmottes siffleront trois fois !

Ecrit par Christian…(suite)

 

DU SOLEIL, LES AMIS, DU SOLEIL PARTOUT, PARTOUT

Samedi 20 juillet

Belle journée de repos. Delphine le cœur gros de devoir retrouver le grand air de Paris, Patrick avec le bras toujours en écharpe et Annie nous quittent. La matinée débute par une grande lessive collective à l’eau du gave. Albert a installé des cordes entre deux grands rochers sur la rive droite. Le vent bouscule parfois l’étalage de linges mais ça sèche.

Passage de pandores appelés sans doute par l’éleveur du coin effrayé par le nombre de petites tentes réparties dans la prairie. Il n’y a aucune interdiction et nous sommes hors espace du Parc. Pourtant la marée-chaussée nous donne l’ordre de démonter le campement. Les tentes seront donc affaissées sur place puis remontées quelques temps après. Incident clos…

Le reste de la journée se partagera entre farniente et baignades dans une vasque du gave. Zénith de la journée : souriante arrivée de Marie-Christine, la plus acharnée des randonneuses basques.

Nous connaîtrons, après un lézardage intensif, l’orage des samedis soirs qui obligera Jeannot à abandonner le réglage des paires de crampons et poussera le groupe à organiser un dîner de fortune : la fourgonnette Natura, une bâche entre-deux et le Renault Espace d’Eric se transforment en réfectoire jusqu’au crépuscule.

 

REFUGE, LAC ET MIROIR

Dimanche 21 juillet

Matinée active. Il faut démonter le dernier campement (et oui !) avant les sommets neigeux. Faire sécher les tentes au soleil (il est revenu et pour longtemps) avant de les ranger dans les sacs. Jeannot reprend son atelier crampons. Charger la fourgonnette, préparer le sac pour une semaine de portage. Et puis viennent les adieux à Bertrand et Neil, les ravitailleurs hors-pairs. Il est 11 heures, en route pour la haute montagne.

 

             

Nous avalons allégrement 1000 mètres de dénivelé pour venir pique-niquer au bors du Lac d’Arrious. 

Rien à signaler si ce n’est une vipère croisée en chemin et fuyant devant notre meute et des randonneurs nous parlant de douaniers postés en embuscade en haut du col… Nous n’avons pas l’ombre d’un gabelou.  Nous reprenons la progression avec le passage d’Orteig " dit rigolo " avec main courante. Arrivée sur un promontoire où s’amuse et siffle une marmotte ; bientôt nous apercevons le lac et le refuge d’Arrémoulit (2285 m).

Nous prenons le temps de contempler le lac, magnifique miroir où chacun se lance dans une course aux rêves les plus fous : monstres, tortue, forêt, comme quoi on peut appuyer sur le champignon sans l’avoir fumé.

L’espace est restreint et il y a du monde. Nous mangerons la garbure à volonté dans le dortoir, une table à tréteaux est dressée. L’enfant du gardien fait naviguer au bout d’une corde un radeau à voile qu’il a construit lui-même.

De l’autre côté du refuge, nous observons la progression d’une mer de nuages. Dernière sortie avant la nuit, une bouteille d’Armagnac circule : on trouve de tout en haute montagne mais surtout dans le fond des sacs.

 

LA DIAGONALE DU FOU ET LES PETITS LULUS

Lundi 22 juillet

Il est 8 heures, beau temps et fraîcheur à 2285 mètres. La journée débute par l’ascension du col du Palas (2517 m), nous contournons le lac d’Ariel, puis déposons les sacs prés du Gourg Glacé pour se munir des sacs de petits lulus spécialement prévus pour les ascensions. Bien vu Jeannot !

              

La montée passe par des éboulis jusqu’à l’abri Michaud, de quoi mettre sous pierre un montagnard transi et un ours des pyrénées. Pendant une heure et demie, la cordée non encordée d’un commun accord progresse avec force équilibre, escalade, contre-escalade, avec prises et appuis dans la fameuse Grande Diagonale du Balaïtous. Pente impressionnante vue du bas. Arrivés sur la ligne de crête, nous gagnons d’un pied léger le sommet qui culmine à 3144 mètres.

Vue splendide sur les massifs, ils sont tous là rayonnants de lumière.

Après les photos de famille, descente rapide par le même itinéraire avec des diverticules dans les lapiaz d’où le proverbe qui tombe bien : quand les genoux trinquent, la Diagonale rigole. Descente donc rapide mais fatigante à force de sauter de pierre en pierre où parfois des gentianes (nous avions donc des gentianes de Koch aux pieds) pointaient leurs clochettes bleues.

Arrive le moment attendu avant de poursuivre vers l'Est : pause sur herbes sauvages au bord d’un lac. Encart à base de gâteaux et de chorizo. L’équipée s’engage sur un sentier et découvre petit à petit une vallée dont la végétation est plus méditerranéenne ce qui repose de l’austérité minérale de la haute montagne. Vers 18 heures 30, nous montons les escaliers du refuge Respumoso, usine de construction récente dans le cirque de Piedrafite. Jeannot, tu t’es pas trompé !

Rencontre avec deux randonneurs des Deux Sèvres qui n’auront pas plus apprécié que nous le dîner, le petit déjeuner, calibrés et servis dans des barquettes. Pour se consoler, arrosage pétillant du premier "3000" d’Alexandra avant de rejoindre gentiment nos stabulations.

 

A LA CASA DE PIEDRA : TROIS ETOILES

Mardi 23 juillet

Et on n’oubliera pas de si tôt le regard éberlué de Jeannot , biscotte à la main, devant la colère ibérique d’une passionaria qui objectivement, elle, avait créché dans le dortoir où Jeannot, lui, avait bien dormi et surtout ronflé toda la noche !

A 9 heures, la colonne Natura s’ébroue et quitte le refuge high-tech de Respumoso. Parti de 2200 mètres, nous allons assez vite nous retrouver confrontés au G.R. espagnol et son tracé rectiligne : devant une telle montée, les pieds, les mollets et les talons n’aiment pas et le font savoir ! Montée d’enfer. Quel soulagement lorsque nous grimpons des rochers noirs pour atteindre en varappe le col Colado de Piedrafita ! Vue plongeante sur le lac de cratère de Tebarray. Sol rouge, sol noir, rochers à volonté ! Les nuages nous accompagnent et un petit vent frais.

Françis décide de ne pas continuer l’ascension, il nous attendra, emballé dans sa cape, blotti dans un igloo fait de nos sacs. Tentative (attention, des pierres peuvent dévaler !) d’ascension du Pic d’Enfer arrêtée par les nuées. Progression stoppée vers 2960 mètres. Les joyeux grimpeurs ont le temps de contempler les effets de brume sur le lac et une belle paroi de marbre. En descendant, on aperçoit Francis encapuchonné et les avis sont partagés : est-ce une bonne sœur ou un berger ?

Après le pique-nique, la pluie menace. Un groupe de jeunes espagnols sur le versant d’en face faisait la ola à tout randonneur qui franchissait le col de Piedrafite. C’est ainsi que la haute montagne s’humanise et se déride… Il est temps de repartir. Traversée de névés, les talons bien plantés dans la neige.

Passage prés du lac Ibon Asoul. Quelques gouttes, notre optimisme indéracinable nous dit que ça va passer ; et bien non, pas du tout ! L’orage progressivement nous accompagnera de loin. Nous longeons sous la pluie la vallée de Panticosa. Progression difficile, le terrain est glissant jusqu’à la station thermale de Termes.

Arrivée trempée vers 17 h 30 au refuge Casa de Piedra (1630 m). Accueil trois étoiles du gardien. Nous étalons notre linge humide dans le réfectoire. Michel souffre d’une contracture, il a besoin de soins. Puis nous fêtons cette journée arrosée et trinquons au vermouth. Trois étoiles encore pour le repas et son velouté à l’oseille.

 

A RABBIT HAS KILLED AN HUNTER

Mercredi 24 juillet

A 9h30 ce matin-là, Jeannot se lance dans une danse de sorcier à faire chanter la Traviata par Chantal Goya. Il est question d’un lapin et d’un chasseur apparemment en mauvaise posture. Et le tout en anglais, see you play !

Du coup le groupe plein d’entrain remonte illico la magnifique vallée de Panticosa avec ses cascades, le long du Rio Caldares.

Passage devant le barrage de Bachimana. Francis fait une petite chute qui lui vaudra une entorse. Michel avance lentement et difficilement, le claquage musculaire de la veille le fait souffrir…

Vaille que vaille, la colonne progresse jusqu’au Port du Marcadau (2541 m). Moment de bonheur lorsque nous découvrons, se faufilant dans les rochers, très vive, une hermine. Casse-croûte trois étoiles avec sandwich à la tortilla (dernier souvenir espagnol) devant le lac du Petit Pecico.

Puis descente dans la vallée de Marcadau ponctuée de pauses où nous découvrons des moutons teints en verts, comme si on leur avait mis des sur-gilets !

Arrivée vers 16 h au refuge Wallon (1865 m). Très beau site entouré de pins à crochets, de prairies pour chevaux et d’une chapelle.

Ce refuge accueille beaucoup de groupes et la nuit consiste à entendre le passage des réveillés, des pressés qui se rendent avec une lampe frontale vers les uniques toilettes du dortoir.

Dehors règne une belle nuit étoilée au clair de lune...

 

JOURNEE TRANQUILLE AVANT…

Jeudi 25 juillet

Nous prenons la route à 9 heures. Francis, vu l’état de son entorse, est contraint de descendre seul 500 m de dénivelé pour rejoindre Pont d’Espagne et nous retrouver vendredi au gîte de Gavarnie.

Le groupe part à bonne allure le long du gave d’Arratille (2247 m) ; cette montée sportive se termine en courant (pas longtemps) jusqu’au lac d’Aratille où Jeannot nous apprend qu’il vient de procéder à une montée-test (400 m de dénivelé) et que nous sommes toutes et tous aptes pour le Vignemale.

Pause au col d’Aratille (2528 m), observation de marmottes. Nous aurions dû voir des isards mais au col des mulets (2591 m), une dame, munie d’un mari qui, lui, prend du recul, annonce à qui veut bien la croire que plus bas, on peut voir des chamois. Rigolades, re-rigolades.

Descente (difficile pour Michel) vers le refuge des Oulettes de Gaube (2151 m) qui, devant une vallée glacière, fait face au massif du Vignemale. Farniente contemplative au soleil, puis passage de nuées. Ambiance sympa dans ce refuge, la gardienne et son équipe sont à l’écoute. Il fait frais dehors, le coucher est envisagé rapidement : avec rêves avec sommets neigeux peut-être.

 

… LE GRAND VIGNEMALE

Vendredi 26 juillet

Réveil en silence, chacun se prépare et nous ne sommes pas les seules cordées sur le départ. Nous quittons les 2151 m des Houlettes de Gaube à 6 heures, non sans avoir admiré le massif du Vignemale sous la pleine lune. Les groupes précédents sont partis dans la nuit avec leurs lampes frontales, ils paraissaient comme des guirlandes furtives au flanc de la montagne. Le jour se lève.

Nous montons en silence jusqu’au col de la Hourquette d’Ossoue (2734 m), Michel a décidé de renoncer au Vignemale et de descendre seul doucement, Michel le guide de haute montagne le récupèrera plus bas dans l’après-midi pour le conduire en voiture à Gavarnie. Il fera cette descente avec Françoise, contrainte à l’abandon, à cause d’un genou fragilisé dans un passage rocheux, non loin du refuge de Baysselance. : déception, encouragements, séparation.

Le reste du groupe emprunte un sentier d’une sous-crête du Petit Vignemale pour rejoindre Michel le guide au bas du glacier d’Ossoue (2600 m environ).

Retrouvailles vers 9h30. On laisse là les grands sacs : on se munie du piolet, des crampons et du strict nécessaire, c’est du léger ! Varappe sur la crête rocheuse du Montferrat. Puis traversée sans difficultés du glacier sous un soleil éclatant jusqu’à la Pique Longue du Grand Vignemale. Il fallait voir Lyne faire sa trace sur le glacier en laissant tout le monde loin derrière ou presque. Nous abordons les 70 m de parcours rocheux pour enfin poser les pieds sur le sommet du Grand Vignemale (3298 m).

Il est 11h30. Trinquation et jubilation en découvrant le panorama, les passages et les sommets mythiques des Pyrénées. Puis descente rapide du glacier, souvent acrobatique pour Christian dont les crampons finalement atterriront dans le sac.

Mais la neige s’y prêtait ce jour-là, pas les genoux. Il a aussi appris à chuter sur glace, le corps face à la pente.

Nous retrouvons les sacs et partons aussitôt dans la pierraille pour les 1300 mètres de dénivelé négatif restants. Les genoux sont mis à contribution dans ce parcours qui nous mène à la vallée d’Ossoue jusqu’au barrage du même nom (1834 m). Pause-goûter au soleil, puis traversée du gave pour entreprendre une montée et rejoindre un sentier à travers la vallée de la Canau ou celle de Bernatoire, enfin la vallée de Sausse.

L’ensemble de ce parcours se maintient à une hauteur 1800 mètres d’altitude, le vert des alpages où paissent des troupeaux de vaches espagnoles nous reposent de nos aventures en haute montagne. Mais la fatigue commence à se faire sentir, surtout dans la descente vers le village de Gavarnie.

A 19h30, au gîte le Gypaète, nous retrouvons comme prévu, Francis, Françoise en meilleure forme et Michel toujours mal en point mais déterminé à consulter un médecin chez lui demain. Douche chaude bienvenue et repas copieux pour raconter les exploits du jour, soit 13 h 30 de marche...

La dernière soirée se prolonge dans un café du centre de Gavarnie.

 

EPILOGUE

 

Il fallait les voir, les copines et les copains, sur le quai de la gare de Lourdes. Des infirmières de pèlerinage, des anglais de passage les regardèrent d’un air soupçonneux quand à tue tête ils se mirent à chanter :

En passant par la moraine avec mes godillots (bis)

J’ai rencontré Natura

Et p’êt’ que j’remettrai ça

Ah, ah, ah avec mes godillots !

Alors que je m’apprêtais à monter dans le T.G.V., le p’tit père qui me précédait s’est retourné en me disant : " Et ben dites donc, ils ont la frite vos potes ! ". Et jetant un coup d’œil furtif sur mes talons, je répondis du tac au tac : "  Ah m’en parlez pas, mon brave monsieur, avec eux c’est le pied ! ".

 

Christian dit le norvégien

 

Texte : Christian / Photos : Albert et Jeannot

Suite...

Trombinoscope

Introduction  Semaine 1 Semaine 2 BD Aquarelles  Fiche technique